Il se trouve que M. Sadok Rouaï dont je m’interrogeais sur les propos et informations que j’estimais non fondés juridiquement avait déjà écrit de sa propre plume un article dans Business News où il détaille davantage son propos. Il n’est plus cité, mais il cite donc.
Ainsi écrit-il, au sujet de l’obligation faite aux banques de consacrer une partie de leurs bénéfices à l’octroi de crédits de courte durée à des conditions favorables aux petites et moyennes entreprises, lui, l’ex-technicien de la supervision bancaire à la Banque centrale de Tunisie et secrétaire-assistant d’un administrateur au Fond monétaire international :
Le législateur semble avoir exploité le mécontentement populaire à l’égard des banques pour contourner la législation régissant la BCT[color=# 000000] et [/color]imposer de nouvelles obligations à ces établissements. Cette démarche reflète une montée inquiétante du populisme en Tunisie, constituant non seulement une nouvelle atteinte à l’autonomie et à l’indépendance de la BCT, mais également une démonstration flagrante du manque de rigueur juridique de la part du législateur.[/size]
Ces propos, manifestement, ne relèvent pas de la raison, mais de la passion, la passion de préserver les interventions de la Banque centrale de toute interférence extérieure. Pour M. Sadok Rouaï, la Banque centrale seule est habilitée à légiférer au sujet de l’activité des banques.
Elle et elle seule.
Nul autre, même par la loi, on ne peut édicter des règles à l’égard des banques. Quelles que soient ces règles, il faut nécessairement que ce soit la Banque centrale qui les édicte, conçoit et publie ou à la limite, extrême limite, qu’un autre conçoit la loi, mais que de toute façon celle-ci ne soit rendue applicable que la Banque centrale, passage obligé.
Ce raisonnement s’appuie en outre sur un principe que ses amis juristes ont du lui souffler : [color=var(--color-emphasized,#101418)]
specialia generalibus derogant, les lois spéciales dérogent aux lois générales en postulant, on ne sait comment, que la loi fixant les statuts de la Banque centrale est une loi spéciale et que la loi de promulgation du code de commerce est une loi générale.[/color]. Sans commentaire.
Il cite en outre, les dispositions des articles 8 et 24 de la loi 2016-35 du 25 avril 2016 qui stipulent que la Banque centrale de Tunisie est chargée, entre autres :
du contrôle des banques et des établissements financiers, ainsi que de la régulation de l’activité bancaire
et que
La Banque Centrale exerce le contrôle sur les banques et établissements financiers conformément aux dispositions de la présente loi et des lois spéciales relatives au contrôle de ces établissements.
Soit.
Mais dans ces deux extraits que cite M. Sadok Rouaï, il n’est question que du « contrôle » des banques par la Banque Centrale. Il n’est nullement question que la législation bancaire et il n’est nullement question que la loi définissant les statuts de la Banque centrale l’habilite à légiférer. Ce pouvoir ne peut être exercé en vertu de la Constitution de la République que par les députés de la Nation. C’est bien le cas, eux qui ont examiné, étudié, entendu les parties puis voté la loi n° 2024-41 du 2 août.
Les attributions de la Banque centrale sont sauves et celle-ci n’est habilitée qu’à contrôler les banques et le cas échéant édicter une réglementation qui relève de l’ordre des circulaires d’application des lois et dispositions légales. Les circulaires de la Banque centrale ne se substituent pas à la loi. En tout cas pas en 2025, par le passé en l’absence de loi ou vu l’état de la loi, la Banque centrale a pu par circulaire émettre des règles qui ne pouvaient légalement que relever des attributions du gouvernement ou des représentants de la Nation. Mais, c’était avant, c’était peut-être l’époque où M. Sadok Rouaï exerçait à la Banque centrale avant d’émigrer au Fonds Monértaire International.
Ceci sur la forme et du droit ou non, des députés de participer à l’élaboration des lois et leur votre avant leur promulgation par le Président de la République.
A suivre